L'UÇK
(écrit en 1999)
Les médias nous présentent l'UÇK comme une organisation de résistance et de
libération (la presse anglophone utilise d'ailleurs le sigle KLA
- Kosovo Liberation Army). Cette organisation aurait lutté avec
des moyens dérisoires contre les oppresseurs serbes - David
contre Goliath - et mériterait donc notre soutien et notre
sympathie. Qu'en est-il vraiment ?
L'UÇK, à l'origine un groupuscule pseudo-marxiste noyauté par la pègre,
devient dans les années 1990 le bras armé des partisans de la
Grande-Albanie groupés autour du président Sali
Berisha, l'objectif ouvertement affiché par ce dernier étant la
réunification de la nation skipetare dans ses frontières de
1941 (l'Albanie, alors protectorat de l'Italie fasciste,
englobait non seulement le Kosovo, mais aussi une partie de la
Macédoine, du Monténégro et de la Grèce).
Jusqu'à la chute de Berisha, en 1997, l'UÇK est financée principalement par la
mafia albanaise, qui domine le marché de l'héroïne en
Allemagne, en Suisse, en Scandinavie, en Italie. Les profits
servent, entre autres choses, à acquérir des armes pour le
Kosovo. Une autre source de revenu durant la période d'embargo
contre la Yougoslavie, est constituée par la contrebande en
direction de ce pays. A cela viennent s'ajouter des opérations
financières douteuses, voire crapuleuses, qui conduisent à la
faillite spectaculaire des fonds de placement et à la spoliation
de millions de petits épargnants albanais. Le scandale entraîne
le départ du président mais pas la cessation du trafic. Berisha
conserve son influence dans le nord de l'Albanie.
Bien que nettement minoritaire au sein de la population albanaise du Kosovo, l'UÇK
est très active dans la province. Elle ne se contente pas
d'organiser attentats et embuscades contre les forces serbes
(sans être la cause profonde du conflit, la levée de
l'autonomie régionale par Milosevic en 1989 a beaucoup envenimé
la situation), l'UÇK combat également tous les non-Serbes, y
compris les Kosovars albanophones qu'elle considère comme des
traîtres parce qu'ils refusent de la suivre ou de la soutenir.
Elle pratique aussi l'extorsion de fonds et le recrument
forcé.
Sur le plan idéologique, l'organisation séparatiste a abandonné tout
scrupule. Elle fait ouvertement l'éloge de la Seconde Ligue
de Prizren - proclamée en 1943 à l'époque du protectorat
fasciste et symbole du chauvinisme pan-albanais - et rend hommage
à la Division SS Skanderberg composée de volontaires albanais,
pour le "rôle national exemplaire joué dans la lutte
contre la tyrannie serbe".
L'UÇK a ses bases arrière dans le nord de l'Albanie, mais contrôle aussi de
nombreux villages du sud du Kosovo où - pour employer le vocabulaire de l'OTAN et de ses
complices - les habitants lui servent de "boucliers
humains". Depuis un village retranché, on canarde les
forces serbes, celles-ci répliquent et on les accuse de
massacrer des civils: la tactique est simple et efficace, et elle
n'est pas nouvelle.
Durant la crise
albanaise de 1997, les casernes abandonnées par l'armée sont
pillées, les armes seront en grande partie utilisées au Kosovo.
C'est à cette époque que l'Allemagne, déjà engagée en
Albanie - elle a très activement soutenu Berisha et continue de
le faire après son départ officiel -, décide de renforcer son
intervention. L'affaire de Bosnie semble réglée, le
démantèlement de ce qui reste de la Yougoslavie doit se
poursuivre: c'est au tour du Kosovo, en attendant le Monténégro
et la Voïvodine.
Tandis que la
diplomatie et les services officiels intensifient leur aide ou
ferment les yeux sur les opérations illégales, les services
secrets BND et MAD s'activent en coulisse. Une grande partie de
l'armement et du matériel hérités de l'ancienne NVA, l'armée
de l'ex-RDA, passe en Albanie, et de là au Kosovo. On organise,
on conseille, on recrute des cadres en Europe occidentale, on
assure leur formation et leur entraînement en Albanie ou
ailleurs - en Croatie par exemple. Bref, on fortifie l'UÇK et on
en fera une organisation à peu près présentable sur la scène
internationale.
Bien sûr,
l'Allemagne n'est pas le seul pays intervenant, mais elle est de
loin le plus actif . Elle réussira à convaincre ses
partenaires, et surtout les USA, de l'importance du Kosovo. Les
Américains, qui croyaient il n'y a pas si longtemps que Kosovo
était une nouvelle marque d'essence, vont finir par s'engager à
fond dans l'aventure, afin de ne pas être débordés par leur
allié et concurrent allemand et de reprendre les choses en main.
L'UÇK, se voit
donc livrer matériel, équipement, uniformes et armement, et
devra fournir en contrepartie la "chair à canon"
nécessaire en cas d'offensive terrestre. Les besoins en hommes
sont considérables et la bonne parole ne suffit pas pour trouver
l'apport indispensable. L'image des "fraîches recrues
enthousiastes" (selon Le Monde) serait plutôt à
usage externe. Sur le terrain, on est plus pragmatique: on prend
le matériel humain là où il se trouve, en recrutant de force,
dans les camps de Kukes ou d'ailleurs, de jeunes réfugiés en
âge de combattre.
Mais il ne faut
pas croire que l'UÇK ait renoncé pour autant à ses activités
traditionnelles: le trafic de drogue, le racket (la
"cotisation" imposée aux Albanais émigrés est de 500
DM par personne et par mois) ou le blanchiment de fonds sont
pratiqués plus que jamais. La seule différence est que l'UÇK,
encore classée organisation terroriste par le Département
d'Etat américain en 1998 et mentionnée en bonne place dans les dossiers de
plusieurs polices anti-drogue, jouit à présent d'une parfaite
"honorabilité".
La situation
début 1999 et l'utilisation qui est faite de l'UÇK n'est
d'ailleurs pas sans rappeler le rôle de levier joué en 1938 par
les Sudètes dans les provocations mises en oeuvre par Hitler
pour détruire la Tchécoslovaquie. On sait comment tout cela
s'est terminé...
Dès que les
Américains sont convaincus de l'importance du dossier kosovar,
la CIA prend la place des services secrets allemands comme
sponsor numéro un des séparatistes. Hashim Thaçi, grâce à ses
relations directes avec Washington, s'impose petit à petit face
à Bukoshi, l'homme de Berlin.
Avec l'occupation
du Kosovo par les forces de l'OTAN, il devient urgent que
terroristes et dealers se reconvertissent en hommes d'Etat et
administrateurs. Une tâche difficile au premier abord (Thaçi,
celui que le casting américain a choisi comme "premier
ministre", n'était pas a priori très présentable: on sait
qu'il a fait assassiner des journalistes albanais qui l'avaient
critiqué, et que plusieurs de ses concurrents au sein de l'UÇK
ont été éliminés par ses soins), mais qu'importe, avec un bon
maquillage tout est possible, puisque même Tudjman passe pour un
démocrate.
Tandis que les
chefs et parrains de l'UÇK tentent de se donner des allures de
gestionnaires sérieux, les criminels de moindre envergure
peuvent se défouler sans risque. La chasse au Slave ou au
Tzigane reste ouverte en permanence, sous l'oeil bienveillant des
troupes étrangères. Sous couvert de "vengeance", les
terroristes ont tout loisir de pratiquer ce qu'eux-mêmes et
leurs maîtres étrangers reprochaient aux Serbes: assassinats,
pillages, incendies, épuration ethnique. Pour donner le change,
les Jackson et autres Kouchner grondent parfois leurs créatures
albanaises quand celles-ci vont "trop loin",
c'est-à-dire quand leurs exactions sont trop voyantes. Mais dans
l'ensemble, l'occupant est satisfait de ses indigènes.
L'UÇK remercie ses généreux commanditaires des services secrets américains, allemands, britanniques, français et turcs ainsi que tous ses fans dans les milieux de la drogue, du proxénétisme et du racket.
Le démembrement de la Yougoslavie
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