Le 17 septembre 2007, John Kerry, sénateur du Massachusetts et candidat "malheureux" à l'élection présidentielle truquée de novembre 2004, donne une conférence à l'Université de Floride à Gainesville et "répond" aux questions des étudiants.
"Dans le livre Armed Madhouse de Greg Palast sur l'élection de 2004, livre que j'ai ici, il est dit que cinq millions de voix en votre faveur n'ont pas été prises en compte. L'auteur écrit que c'est vous qui avez gagné l'élection, et pas George Bush. Et pourtant, vous avez laissé faire, vous n'avez pas protesté. Vous ne vouliez donc pas devenir président ?"
"Si vous étiez vraiment contre l'invasion de l'Irak, alors pourquoi ne réclamez-vous pas la destitution de Bush ?"
"Est-il vrai que, lorsque vous étiez étudiant à Yale, vous faisiez partie de la société secrète [élitaire et réactionnaire] Skull and Bones, dont George Bush était membre lui aussi ?"
Pour la "liberté d'expression" telle qu'on l'entend et telle qu'on la pratique aux Etats-Unis, c'est trois questions de trop. Kerry ne répond à aucune d'elles.
L'un d'eux,
Andrew Meyer
(21 ans), étudiant en journalisme et communication, a préparé trois questions :
Andrew insiste, demande à Kerry de se prononcer, prend au sérieux son rôle de futur journaliste. Rien à faire, le sénateur reste muet. Il réprouve toute forme de contestation. Son domaine, comme le rappelle l'invitation à la conférence, c'est "le renforcement de la sécurité nationale, le combat contre le terrorisme international et la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive". (C'est fou ce que ça diffère du programme de George Bush.)
Comme l'étudiant refuse de partir avant d'avoir reçu une réponse, on lui coupe le micro. La police présente dans la salle se saisit de lui, l'entraîne de force vers la sortie, le jette à terre et le maltraite. Entre-temps, une demi-douzaine de flics l'entourent.
Alors qu'Andrew n'oppose pas la moindre résistance physique (il en serait bien incapable, maintenu comme il l'est), un des policiers sort son pistolet à électrochocs
(taser).
Voyant cela, l'étudiant s'écrie : "Non, pas l'électrochoc !... Non !... Je n'ai rien fait de mal !..."
Le tortionnaire de service ricane et lui envoie une décharge électrique de 50.000 volts dans le corps.
Sur le coup, dans la salle, personne ne réagit, personne ne proteste. (Il y aura une petite manifestation plus tard.) Andrew est ensuite arrêté et mis en prison comme un criminel.
Freedom and democracy made in USA...
Si la presse a parlé de cet incident (non sans le déformer et insulter la victime), c'est uniquement parce que la scène a été filmée par un autre étudiant et la vidéo diffusée sur Internet. Des incidents similaires se produisent tous les jours aux USA, le plus souvent sans témoins, loin des universités et sans qu'un homme politique connu soit impliqué. En fait, pas une semaine ne s'écoule sans qu'il y ait un mort* et plusieurs blessés graves. Et le gouvernement continue de prétendre que le taser est une arme "non-létale".
* Depuis 2001, au moins 280 personnes ont été tuées au taser aux Etats-Unis. Au Canada, il y a eu 18 morts depuis 2003.
L'épisode de Gainesville, dans tous ses aspects, est symptomatique de l'état de délabrement où six années de vandalisme politique de la junte Bush ont plongé les Etats-Unis. Si ce n'est pas encore tout à fait le fascisme, on n'en est plus très loin. Il ne manque plus, pour cela, qu'un nouveau 11 septembre - qui sera certainement pire que le premier.
America's Police Brutality Now Pandemic :
cet article de Paul Craig Roberts, ancien vice-ministre des Finances sous Ronald Reagan, montre bien que les USA sont déjà un Etat policier.
"Le seul terroriste que la plupart des Américains rencontreront jamais au cours de leur vie, c'est un policier en uniforme, avec son badge, sa matraque et son arme à électrochocs", écrit l'auteur. Et il ajoute qu'il y a tellement de vidéos de brutalités policières sur Internet, qu'on pourrait passer tout son temps à les regarder, sans rien faire d'autre jusqu'à la fin de ses jours.
Quelques exemples récents cités par l'auteur :
A la bibliothèque de l'Université de Californie à Los Angeles, un étudiant qui n'a pas sa carte sur lui, est épinglé au cours d'un contrôle de police. Alors qu'il est en train de quitter les lieux comme il en a reçu l'ordre, les flics se jettent sur lui et le passent au taser à plusieurs reprises.
Le 14 septembre 2007, lors d'une réunion du conseil municipal de Roseland (Indiana), le maire fait expulser un conseiller, David Snyder, parce qu'il avait protesté contre le fait que son temps de parole était limité à une minute. Le flic de service, une brute nommée Jack Tiller, escorte Snyder vers la sortie, et sans aucun motif, se met à lui asséner des coups de matraque sur la tête. Snyder doit être hospitalisé.
Le 19 février, dans un bar de Chicago, un flic de 120 kilos maltraite à coups de poings et à coups de pieds une serveuse qui pèse à peine la moitié, sous prétexte qu'elle a refusé de le servir parce qu'il est déjà soûl - ce qui est parfaitement conforme au règlement (si la serveuse ne l'avait pas respecté, elle se serait fait virer et aurait eu elle-même des ennuis avec la police). Pendant que le flic cogne, aucun des clients n'intervient.
Joseph Foss, 86 ans, ancien général des marines, titulaire de la "Médaille d'honneur", ancien gouverneur du Dakota du Sud, prend l'avion pour donner une conférence à l'académie militaire de West Point. A l'aéroport, on le retient et on veut lui confisquer sa médaille, sous prétexte qu'il pourrait utiliser l'épingle pour détourner l'avion et commettre un acte terroriste. (Un incident somme toute anodin, mais tout à fait symptomatique, dans un pays de fous où il faut enlever ses chaussures avant de monter dans un avion.)
Les cas mentionnés ici en cachent beaucoup d'autres, plus incroyables encore, touchant des enfants, des handicapés, des malades.
Tandis que les flics jouissent d'une totale impunité, les victimes de sévices policiers sont systématiquement arrêtées et accusées de "résistance à la force publique". Il suffit pour cela qu'elles essaient de se protéger ou de désarmer l'agresseur.
Face aux brutalités aussi gratuites que violentes de la racaille en uniforme, un citoyen américain "libre" qui ose se défendre risque une longue peine de prison, quand il ne met pas tout simplement sa vie en danger. Pas étonnant que le goulag américain soit plein à craquer. Avec moins de 5 % de la population mondiale, le "pays des droits de l'homme" abrite déjà un quart de la population carcérale de la planète - tendance à la hausse.